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mardi, 13 février 2007

1999-2000, QUAND TU PASSES, UNE AUTRE LUMIÈRE

medium_Untitled_6.jpgAntonio Carlos Maria Brésil (version de 1999), Fais-moi souffrir, La Petite écriture grise (version de 1999), Placali-calalou, Le Cœur de Jimmy, Quand tu passes, Mais où est-ce qu’on les enterre ?, Après toi le déluge, Chambre d’hôtel, Une autre lumière.

Texte de Antonio Carlos Maria Brésil et de La Petite écriture grise de Françoise Mallet-Joris et Michel Grisolia. Texte de Fais-moi souffrir d’Isabelle Mayereau et Marie-Paule Belle. Texte de Placali-calalou d’Isabelle Mayereau. Texte de Le Cœur de Jimmy de Françoise Mallet-Joris et Gil Damien. Texte de Quand tu passes et de Une autre lumière de Marie-Paule Belle. Texte de Mais où est-ce qu’on les enterre ? de Françoise Mallet-Joris. Texte de Après toi le déluge de Jean-Jacques Thibaud. Texte de Chambre d’hôtel de Laurent Ruquier. Musiques de Marie-Paule Belle.

CD, BMG, 74321653772.

Une photographie d’Arnault Joubin nous montre Marie-Paule Belle dans sa pleine maturité, plus belle que jamais. Les arrangements sont de Yaël Benamour. L’artiste reprend deux chansons de ses disques précédents, Antonio Carlos Maria Brésil et La Petite écriture grise dont elle donne de nouvelles interprétations sur de nouvelles orchestrations : dans la première, des chœurs et des voix ; dans la seconde, « Chaque jour depuis dix ans » est devenu « Chaque jour depuis vingt ans ». Elle donne en studio Mais où est-ce qu’on les enterre ? créé en scène en 1995 et écrit elle-même deux chansons encore, Quand tu passes et l’hommage à Barbara intitulé Une autre lumière. On note l’arrivée d’auteurs nouveaux, Gil Damien, Jean-Jacques Thibaud, Laurent Ruquier, qui font naître des univers également nouveaux (Placali-calalou, Le Cœur de Jimmy). L’amour déçu est toujours là (Après toi le déluge). L’attention aux autres est toujours présente (Chambre d’hôtel) et, simultanément, le retour sur soi. Deux chansons comiques seulement (Mais où est-ce qu’on les enterre et Fais-moi souffrir traité en blues). Ce disque paraît dix ans après le précédent album en studio. Dix années de silence, puisque le disque de 1995 est en public.


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CD réédité en 2000, Olivi,  619061141227.

À la suite de problèmes avec la maison de disques, ce CD sera retiré de la vente et, l’année suivante, reparaîtra ailleurs sous le titre Une autre lumière, son contenu étant identique.

1995, IL N’Y A JAMAIS DE HASARD, LIVE 1995

medium_Untitled-2.jpgWolfgang et moi, Quand nous serons amis, Tu m’chavires, Mon piano noir, L’œuf, Ces lettres auxquelles on ne répond pas, Mais où est-ce qu’on les enterre ?, Trans Europ Express, Les Petits dieux de la maison, L’Homme que je n’aime plus, Il n’y a jamais de hasard, Nous nous plûmes, Nosfératu, L’Enfant et la mouche, Berlin des années 20, Je veux pleurer comme Soraya, La Biaiseuse, La Parisienne, Sans pouvoir se dire au revoir, Le Menu.

Enregistrement public au Théâtre de Dix-Heures (Paris).

CD, Polygram, 529769-2.

Voici le deuxième enregistrement public de la Belle. C’est sa première manifestation discographique depuis 1989. Au Théâtre de Dix-Heures, elle présente un récital de vingt chansons (dont neuf comiques) en s’accompagnant elle-même au piano. Cette atmosphère intime est parfaitement suffisante et l’artiste se trouve loin des orchestrations devenues inutiles : on a ainsi le plaisir d’entendre ses partitions originales et de mieux comprendre son talent de pianiste. Toujours complice avec son public, elle est très proche à l’enregistrement, dans un lieu à dimension humaine. Après Mais où est-ce qu’on les enterre ?, elle fait applaudir Françoise Mallet-Joris, présente dans la salle. Après la seizième chanson, elle remercie ses techniciens et Jacques Rouveyrollis pour les lumières dont il la pare. Cette fois encore, elle propose une vision d’ensemble de son répertoire et cinq nouveautés : Tu m’chavires, Mais où est-ce qu’on les enterre ?, L’Homme que je n’aime plus de William Sheller et, d’elle cette fois, Il n’y a jamais de hasard et Sans pouvoir se dire au revoir. La maquette de ce disque est de William Yonner.

1989, L’HEURE D’ÉTÉ

medium_mp_lp15.jpgLes Yeux ouverts, Un peu chameau, un peu sultane, L’Heure d’été, Le Petit rouquin, J’aimais quatre garçons, Plou, Mon cœur funambule, Seule, Flipper, Ça restera quand on sera vieux.

Textes de Françoise Mallet-Joris. Sauf : Mon cœur funambule, avec Pierre Delanoë. Texte de Plou d’Isabelle Mayereau et Marie-Paule Belle. Texte de Le P’tit rouquin et Ça restera quand on sera vieux de Marie-Paule Belle. Musiques de Marie-Paule Belle.

33-tours, 30-cm et CD, AB Productions, 841685 2.

Une maquette de Larry Kazal, qui n’est ni belle ni rédhibitoire. On retrouve l’univers de Marie-Paule Belle tel qu’on le connaissait depuis l’origine grâce au retour d’Hervé Roy, le plus talentueux de ses arrangeurs et celui qui, d’évidence, la sert le mieux. Les Yeux ouverts est la chanson d’amour triste qui en appelle à la lucidité maîtrisée (« Les yeux fermés on s’aime encore »), tandis qu’Un peu chameau, un peu sultane rappelle, dans l’intention au moins, Je veux être une garce. L’Heure d’été, chanson d’espérance amoureuse, offre des images très « Mallet-Joris » : « Et ton corps mon corps sont transfigurés / Midi et minuit sont réconciliés / (…) Et même nos ombr’s se donn’nt un baiser ». Mon cœur funambule ressemble à un petit cinéma muet ou, titre oblige, à une atmosphère de cirque appliquée au quotidien qui devient spectacle (« Fanfan-la-Tulipe / N’est pas démodé »). Typiquement, on trouve ici une accélération du rythme jusqu’à la valse finale, très rapide. Le Petit rouquin est la chanson comique de service, pleine d’entrain et dont l’énumération tient de la virtuosité. Une virtuosité traitée en charleston. Plou est une fantaisie en cha cha, c’est la deuxième chanson comique du disque. J’aimais quatre garçons dit la nostalgie qu’on trouvait dès les premiers disques ; elle s’exprime ici envers les Beatles. Seule, c’est la solitude amoureuse qui s’exprime dans la crainte non dite. Flipper, sur un rythme très rapide et saccadé, aligne, comme souvent dans cet univers, la vie et l’imagerie moderne. Le jazz des couplets cède, au refrain, à un rock lent. Ça restera quand on sera vieux est une très belle chanson résignée et pleine d’espoir à la fois. Paru au moment où le microsillon commence à céder le pas au disque compact, ce très bon album, qui existe dans les deux versions, sera le dernier enregistré en studio avant dix ans.

1987, MINI-MINITEL (sans titre)

medium_Untitled-2.2.jpgMini-minitel, Chez Pivot.

Textes de Françoise Mallet-Joris. Musiques de Marie-Paule Belle.

45-tours, Carrère, 14175.

 Seul disque de l’année 1987 : deux chansons un peu « rigolotes ». Heureusement qu’il y eut, cette année-là, un recueil de textes et une autobiographie. La pochette a décroché à l’unanimité le prix de la Nunucherie-Lamentable. Sur une photographie d’Alain Marouani – la même que celle qui servira pour la couverture du livre de souvenirs – un cadre rouge. C’est une maquette de Claude Caudron, qui avait déjà sévi l’année précédente et n’en était pas mort de honte. Habillée par Anne-Marie Beretta et coiffée par Léonard pour Lucie Saint-Clair (aussi peu lumineuse que l’an passé), Marie-Paule Belle chante deux textes recouverts par les arrangements stupides et superfétatoires de Serge Perathoner qui rendent les paroles incompréhensibles. C’est ainsi que, d’une chanteuse intemporelle, on fait n’importe quoi en voulant « moderniser » ce qui n’en avait pas besoin.

1987, AUTOBIOGRAPHIE

medium_Untitled_5.jpgMarie-Paule Belle, Je ne suis pas parisienne, ça me gêne…, Carrère-Lafon, 1987. Préface de Françoise Mallet-Joris.

C’est un très beau livre de souvenirs qui comporte malheureusement bien des coquilles, surtout dans son dernier tiers. Un ouvrage utile et plaisant qui prouve au passage que l’auteur sait écrire. On s’en apercevra un peu plus tard, quand elle passera à l’écriture de chansons. En prime, la couverture la plus laide du siècle et la photographie la plus nunuche : c’est signé Carrère-Lafon. Bien sûr, le titre était inévitable. On se demande bien pourquoi ces choix commerciaux stupides : titre ultra-connu, couverture vulgaire dans le pire goût des années 80. C’est dommage, le texte méritait un plus bel habit. Le cahier de photographies est intéressant aussi, mais il a dû être mis en pages par un éléphant épileptique.

1986, L’AVENTURIÈRE (sans titre)

medium_mp_lp04.jpgL’Aventurière, Tant pis tant mieux.

Texte de L’Aventurière de Françoise Mallet-Joris et Jean-Dominique Morgane. Texte de Tant pis tant mieux de Françoise Dorin. Musiques de Marie-Paule Belle.

45-tours, Carrère, 14001.

Une des pochettes les plus laides de cette importante discographie. Cheveux teints et vêtements dans le « meilleur » goût des années 80 : la Belle est coiffée par Léonard pour Lucie Saint-Clair (elle manque de lumières, la Lucie) et habillée par Jean-Rémy Daumas (à sa place, de honte, je n’aurais pas signé ce costume qui donne à une belle femme des épaules de déménageur). Des titres verticaux sur fond de couleurs différentes, des polices de teintes, de corps et d’œil différents, le nom de l’artiste imprimé en biais, un verso à bandes verticales jaune, grise et rose (la maquette est de Claude Caudron qui, je l’espère du moins, en rougit très fort aujourd’hui). Le portrait de l’artiste est de James Espié (qui s’est inscrit depuis à des cours de photographie). Bref, l’horreur absolue. La Belle méritait mieux pour ce qui demeure le seul disque de cette année (deux chansons) et ouvre une période où elle marquera malheureusement le pas. L’Aventurière montre un désir de renouvellement et une continuité en même temps. On y trouve de belles envolées vocales. La direction musicale est de Roland Romanelli et l’on entend aussi la voix d’Olivier Constantin. Tant pis tant mieux est un texte plutôt faible. La direction musicale est de Serge Perathoner et Janick Top est à la basse.

1987, CHOIX DE TEXTES

medium_Untitled_4.jpgFrançoise Mallet-Joris, Marie-Paule Belle, collection « Poésie et chansons », n° 57, Seghers, 1987.

Avec un entretien entre Marie-Paule Belle et Lucien Rioux, un choix de textes et une discographie.

Dans cette collection au format presque carré, issue de la légendaire série « Poètes d’aujourd’hui », la Belle avait évidemment sa place. On regrette un peu que Françoise Mallet-Joris, dans sa présentation, ne soit pas allée très loin et que son texte, trop bref, recoupe partiellement les souvenirs de la principale intéressée qui paraîtront la même année. Sans doute était-elle mal placée pour parler du contenu des textes qu’elle a elle-même en grande partie écrits ; pourtant, c’était l’intérêt du volume. Un entretien est mené par Lucien Rioux, grand connaisseur et historiographe de la chanson. Il complète cette courte préface, mais c’est encore trop peu. Le cahier d’illustrations est intéressant. En couverture, est reprise la très émouvante photographie du 33-tours de 1976. Des textes qui n’ont jamais été enregistrés sont donnés dans ce volume : Saugrenu, Antinéa, Berceuse pour une voiture, Beyrouth, Châteaux de cartes, L’Oiseau gris, La Dame du vestiaire, Le Métro aérien, Un jour une semaine.

1985, SUR UN VOLCAN

medium_mp_lp16.jpgSur un volcan, Y a des moments, Je te teste, Les Oiseaux bleus, En anglais il faut qu’ça danse, Matin d’amour, Dommage, La Machine jaune et noire, Noël nostalgie, Si j’avais été une Espagnole.

Textes de Françoise Mallet-Joris. Texte de Les Oiseaux bleus de Juliette Mills. Musiques de Marie-Paule Belle.

33-tours, 30-cm, Carrère, CA 681 66224.

La pochette est sans grand intérêt, qui propose le même portrait, signé Jean Clemmer, au recto et au verso. Une maquette de Claude Caudron. Milieu des années 80 : c’est le summum du mauvais goût, de l’esthétique bidon et du look érigé en personnalité. Juliette Mills « prend en mains » la Belle. Elle aurait mieux fait de la laisser où elle était. De l’archétype de la femme brune, elle fait une blonde aux cheveux crêpés qui, en scène, se couche sur le piano. Difficile de faire plus bête ! À cette période, règne aussi le terrorisme sonore : synthétiseur obligatoire et, surtout, mixage catastrophique qui met la musique d’accompagnement à la même hauteur que la voix, voire, parfois, devant. Si bien que, de ces chansons, on ne comprend plus les paroles et, de cette chanteuse, on n’entend plus la voix. De cette collaboration, Marie-Paule Belle dira avec générosité : « C’était peut-être une erreur de parcours. Ce n’est pas un échec parce que ça m’a donné des prises de conscience. Je me suis fait teindre en blonde notamment. Dans le spectacle, je me couchais sur le piano. C’était assez drôle ! J’aimais bien être un peu quelqu’un d’autre, ou chanter avec des cuissardes, mais avec le recul, ce n’était vraiment pas moi. Juliette Mills avait une vision complètement différente de la mienne, qui m’attirait, même si elle était un peu folle. Je lui avais donné carte blanche et j’y suis allée à fond. Après ça, chacune est repartie sur son propre chemin parce que je me sentais mieux telle que j’étais avec mes racines et ma propre identité » (entretien paru in Synopsis, 2000). Certains arrangements de la face B sont de Serge Parathoner, la direction musicale de la face A de Roland Romanelli. Au bout du compte, du texte de ces dix chansons, seul celui de Sur un volcan est vraiment intéressant : une inquiétude sociale très bellement transcrite (« Et sur un volcan si l’on danse / Dansons en vêtements du soir ») et une volonté individuelle (« Car sur un volcan / Il faut rester chic c’est important »). Les Oiseaux bleus est accompagné à la guitare par José Souc ; on peut donc entendre les paroles de Juliette Mills – hélas : elles sont quelconques. Après ce disque – le premier 30-cm original depuis 1982 – Marie-Paule Belle n’enregistrera plus d’album jusqu’en 1989.

1983, LA VIE FACILE (sans titre)

medium_mp_lp05.jpgLa Vie facile, Bon pour la mère, bon pour l'enfant.

Textes de Françoise Mallet-Joris. Musiques de Marie-Paule Belle.

45-tours, Carrère, 13317.

Chez Carrère, on était si fier de la pochette atroce du double disque en public qu’on en a repris un détail, recadré pour ce 45-tours qui comprend les deux seules chansons en studio de 1983. Pour faire bonne mesure, on a tout inscrit en biais, avec des lettres de couleur ombrées pour le nom de l’artiste, des lettres d’une autre couleur pour le titre de la chanson, un triangle jaune incongru et des rayures jaunes en biais parfaitement inutiles. Bref, une horreur graphique généralisée, encore aggravée au verso par la présence d’un cartouche vert pomme reprenant les titres et les crédits, et d’un second cartouche jaune d’or, présentant les références du disque. Le tout en biais, naturellement. Consternation ! Heureusement, il y a le contenu. Les arrangements et la réalisation sont de William Sheller. Dans La Vie facile, on retrouve l’inquiétude et la nostalgie propres à l’univers de la chanteuse, qui regrette toujours un peu que la réalité ne soit pas conforme à ses rêves : « C’est ça la vie facile / Celle qu’on vit aujourd’hui / Celle où tout est facile / Sauf justement la vie ». Toujours les problèmes de couples séparés (et la présence du téléphone), les questions d’enfant à mettre ou non au monde quand le monde est ce qu’il est. Avec Bon pour la mère, bon pour l’enfant, on retrouve l’univers de la jeune Marie-Paule Belle : « Voilà mes dix-huit ans / Alors il ne fallait rien gaspiller ». Puis, la jeune fille s’envole mais « Le temps recommence / Commence ma vie / Le temps recommence / Où vais-je aujourd’hui ». Il y a les années 60 contestataires : « Avec des amis autour d’une guitare / On parle révolution », mais la résignation viendra à son heure : « Je ne me fâche plus quand maman dit / Écoute-moi c’est pour ton bien / J’ai changé de regard et d’amis / C’est doux, c’est amer /Et je marche à côté de ma vie / Bon pour l’enfant, bon pour la mère ». Un excellent disque, hélas trop court.

1983, EN PUBLIC

medium_mp_lp17.jpgJe rêve, Wolfgang et moi, L’œuf, La Louisiane, L’Alibi de la libido, L’Amérique c’est ça, L’Impromptu de Schubert, Souci, Compiègne, Paris, fais-toi faire un lifting, Comme les princes travestis, Quand nous serons amis, Moujik russe, Un peu d’angoisse et de café, Mon nez, Celui, J’ai la clef, Berlin des années 20, Nosfératu, L’Enfant et la mouche, La Biaiseuse, La Parisienne, Le Menu.

Enregistrement public au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles et à la Maison de la Culture de Tournai (Belgique).

Double 33-tours, 30-cm, Carrère, CA 271 66054.

Voici – toujours le goût des années 80 – une pochette abominable. Mise en pages ahurissante de sottise, traits de couleur intempestifs en surimpression de photos sur fond noir. Titre partiellement horizontal, partiellement en biais, en lettres de couleur ombrées. Au verso, une photographie floue, volontairement bougée. À l’intérieur, une horreur mise en scène par un vampire ivre et enrhumé avec, entre autres, une mauvaise photographie de l’artiste au piano. C’est le premier enregistrement public de la Belle, il regroupe vingt-trois chansons, choix effectué dans les dix années qui viennent de s’écouler. C’est tout le talent de la Marie-Paule Belle d’alors dans une rétrospective de l’ensemble de son répertoire, avec beaucoup d’effets de scène. Effets musicaux aussi bien que vocaux. La complicité avec son public est indéniable. Elle commence avec Je rêve, très belle chanson d’entrée enregistrée ici pour la première fois. Elle présente ses musiciens juste après, ce qui est inhabituel, et annonce ses auteurs trois chansons avant la fin. Le spectacle se termine avec Le Menu, également gravée ici pour la première fois. Sur vingt-trois titres, il y a dix chansons « rigolotes ».

1982, PARIS, FAIS-TOI FAIRE UN LIFTING

medium_mp_lp18.jpgParis, fais-toi faire un lifting, La Cabine en verre, J’ai la clef, 42 colonnes corinthiennes, T’es mal en mâle, Compiègne, Nuage rose, Une imbécile heureuse, L’Amérique c’est ça, L’Impromptu de Schubert.

Textes de Françoise Mallet-Joris. Sauf J’ai la clef : avec Pierre Jolivet, Compiègne et Une imbécile heureuse : avec Pierre Delanoë. Texte de T’es mal en mâle de Pierre Jolivet. Texte de L’Amérique c’est ça de Piere Delanoë. Musiques de Marie-Paule Belle.

33-tours, 30-cm, Carrère, CA 681 67927.

Encore une pochette horrible : au recto comme au verso, des affiches déchirées en noir et blanc (ce qui s’est fait cent fois) et, au verso, une tache bleue et une tache jaune en surimpression. Sur la jaune, les informations de pochette. La maquette est signée Bee & Bee, dont l’histoire ne retiendra pas le nom. Les arrangements sont de Serge Perathoner, Jean-Jacques Cramier et Bernard Rosati. À l’accordéon, Roland Romanelli. C’est un disque court (dix chansons), grave et très intéressant. Paris, fais-toi faire un lifting est un merveilleux chant de revendication, souvenir des espoirs nés de l’arrivée de la gauche au pouvoir l’année précédente. L’amour meurt dans La Cabine en verre. 42 colonnes corinthiennes est une valse lente où s’opposent les visions individuelles d’enfance et celles, sociales : heureusement, « C’est le géant qui meurt ». T’es mal en mâle est un blues révélateur d’une époque où, enfin, les hommes commencent à dire leurs faiblesses et à ne plus être tenus à une force artificielle. Compiègne dit les camps de concentration. Une imbécile heureuse est encore la chanson de la nostalgie qu’on retrouve si souvent dans les disques de Marie-Paule Belle. La valse ne la rend pas plus gaie. On retrouve encore l’enfance et la mère dans L’Impromptu de Schubert, un beau jazz. Une seule chanson comique : le tango J’ai la clef.

1982, MON PREMIER ALBUM

medium_mp_lp22.2.jpgLa Biaiseuse (Marinier et Lelièvre), Comme un moineau (Hely et Lenoir), Du gris (Dumont et Beneche), Nous nous plûmes (Pot et Sibre), Les Hommes qui nous aiment (Scotto, Koger et Hugon), Les Petits pavés (Vaucaire et Delmet), L’Éloge des vieux (Colle et Guilbert), Lilas blanc (Botrel), 27, rue des Acacias (Nohain et Mireille), Si je pouvais n’avoir plus d’yeux (Fursy et Daniders), Émilienne (Willemetz, Pujol, Pothier et Oberfeld).

33-tours, 30-cm, Carrère, CA 671 67852.

Pour son premier disque chez Carrère, la Belle précise au verso qu’elle dédie ce disque à sa grand-mère. C’est le début d’une série de pochettes hideuses, même si celle-ci est rendue émouvante par la photographie de la fille du docteur Belle, en petite écolière. Tous les artistes d’une certaine notoriété s’offrent un disque « en-dehors », un disque « à part ». Voici celui de Marie-Paule Belle, onze chansons réalistes pleines de prostituées tristes au grand cœur, de misère et de trottoirs du malheur, pleines de gouaille aussi, et d’impertinence. On comprend que l’interprète fasse merveille dans un tel répertoire. La chanson la plus écrite est évidemment celle de Michel Vaucaire, Les Petits pavés, qui fut aussi reprise par Gainsbourg ou Nougaro. C’est aussi l’arrivée, dans cet univers, du synthétiseur. Les arrangements sont de Serge Perathoner, de Bernard Rosati, de Viviane Galo, de Jean-Jacques Cramier. On entend quelques chœurs constitués de la Belle et de ses musiciens. Il y a même un chorus de clarinette synthétique.

1981, BANDE ORIGINALE DU FEUILLETON TÉLÉVISÉ DICKIE ROI

medium_81_45t.jpgJ’avais rêvé d’un monde, Thème de la secte.

Texte de Françoise Mallet-Joris et Michel Grisolia. Musique de Marie-Paule Belle.

45- tours, Carrère, 49839.

Horrible pochette avec photographie en diagonale, mode graphique des années 80. Les arrangements sont de Roland Romanelli et Jeannick Top. Chanson de feuilleton, chanson de générique : « J’avais rêvé d’un monde… / Où tout serait léger comme le vent dans la forêt / C’est faux depuis l’enfance on m’a trompée / C’est faux l’amour n’est pas récompensé ».

1980, PATINS À ROULETTES (sans titre)

medium_mp_lp21.2.jpgPatins à roulettes, Elle t’a changé, Je veux être une garce, J’ai pas trouvé le père, Le Passeur de cafard, Sonatine ou sonotone, J’ai perdu un ami, Beauté de banlieue, Heureuse par hasard, L’Amour dans les volubilis, Le Blues des 80 ans, La Complainte des petits métiers.

Textes de Françoise Mallet-Joris. Sauf Sonatine et sonotone : avec Michel Grisolia, Elle t’a changé : avec Pierre Jolivet, Heureuse par hasard et La Complainte des petits métiers : avec Pierre Delanoë,  L’Amour dans les volubilis : avec Jean-Claude Massoulier. Texte de Le Passeur de cafard de Pierre Delanoë. Musiques de Marie-Paule Belle. Sauf L’Amour dans les volubilis : musique d’André Popp.

33-tours, 30-cm, Polydor, 2473 118.

L’imagination en panne, le nouveau maquettiste de Polydor (qui n’a pas osé signer) crée pour la Belle, c’est la première fois, un 33-tours dont la pochette ne s’ouvre pas, où le nom de la chanteuse est en lettres bâton blanches, où le portrait n’est pas aussi fascinant que précédemment (on pense ici, notamment, au disque de 1974), où la couleur est naturelle, pas étudiée chromatiquement. Au verso, banalité toujours avec une photographie dont le noir et blanc n’est même pas velouté et une liste de titres sur fond lilas. Les photographies sont de Marc Attali. Le cercle des auteurs s’élargit puisque Françoise Mallet-Joris fait ici équipe pour une ou deux chansons avec Grisolia, certes, mais aussi avec Jolivet, Delanoë et Massoulier. Il y a même un texte dans lequel elle n’intervient pas du tout. N’importe, la musique, elle, est toujours composée par celle qui la chante (et avec quelle voix)… sauf pour L’Amour dans les volubilis, où elle est signée André Popp. Les arrangements sont d’Hervé Roy, de José Souc ou de Jean Schoulteis. Patins à roulettes chante la nostalgie – on n’est pas loin de l’esprit de Grappe de raisins – et le temps qui fuit, d’une manière originale : « La vie se déroule à l’envers ». Elle t’a changé, au fond, parle de la même chose dans un autre registre, ainsi que La Complainte des petits métiers, valse lucide. Je veux être une garce n’est pas comique comme le titre pourrait le laisser supposer. Loin de là, c’est l’impuissance de l’amour silencieux quand il en a assez d’être un port d’attache : « On doit pouvoir y arriver… / Puisqu’il faut ça pour être aimée », mais ça ne marche pas si facilement. Mêmes préoccupations dans J’ai pas trouvé le père. Beauté de banlieue insiste sur le désir d’être ce qu’on n’est pas. Deux tangos tristes : Le Passeur de cafard et J’ai perdu un ami. Grande diversité musicale dans ce disque : jazz (Heureuse par hasard), pop (L’Amour dans les volubilis), blues (Le Blues des 80 ans) et un pastiche, Sonatine ou sonotone (unique chanson comique) qui tente de retrouver la veine de Wolfgang et moi sans y parvenir, mais est magnifique. Pas de doute, la Belle a trente-quatre ans, elle prend conscience du temps. Elle ne peut plus, semble-t-il qu’être Heureuse par hasard.